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| La belle aux deux visages |
| Allez on y va, Gérard ouvre
la porte du garage puis s'installe à son tour. Il saisi avec douceur le levier de
vitesses dont le pommeau, en forme de boule, est d'une taille impressionnante. Première
enclanchée, le monstre s'ébranle. Nous allons franchir le portail, Gérard est
terriblement crispé, la sueur perle sur son front, il me jette un regard féroce par
dessus ses petites lunettes ovales: "on va frotter' me lance-t-il. C'est vrai qu'à
première, vue je dois être un peu plus lourd que lui. Mais de là à insinuer que si
jamais on frottait je pourrais y être pour quelque chose - tout de même... Bon je ne
relève pas, après tout je suis l'invité et cet essai, j'en rêvais depuis longtemps.
C'est à ce moment là que nous avons frotté. Franchement, dans ce village la voirie
n'est pas à la * hauteur et les plaques d'égouts vraiment proéminantes. Quelques
étincelles plus loin nous roulions tranquillement dans les rues désertes : le tour de
chauffe. Malgré le froid les vitres sont ouvertes, les voitures en stationnement nous
renvoient le son fabuleux du V8. Cette fois plus aucun doute sur ses origines. Passé 2000
tours on entend clairement la turbine du compresseur, on se croirait dans un taxi
Mercédès... Sorry, I'm kidding, of course! Allez, maintenant un peu de sérieux. Comme
je vous le disais plus haut, là encore deux impressions qu'on ne s'attend pas à
ressentir en même temps dans la même voiture : l'auto est basse, vous le saviez déjà,
la suspension plutôt dure et elle vire parfaitement à plat, comme un kart. Mais par
ailleurs elle est assez silencieuse, le ralenti est bas et régulier et elle évolue en
ville tout en souplesse, sur le couple. Conduite pépère donc jusqu'à la station
service. Si le coffre n'était pas aussi ridicule on pourrait dire que c'est une petite
voiture sage et polyvalente, qui s'insère particulièrement bien dans la circulation
d'aujourd'hui ! J'en étais à la station service... J'avais oublié de vous dire qu'en
plus ce bijoux n'avale que du sans plomb 95, c'est vrai qu'avec 8.2 de rapport
volumétrique, pourquoi se priver. Aller on rentre ! Maintenant tout est à température: le moteur, les freins... et . moi aussi évidemment. On quitte la station dans un travers furieux puis la Camaro fonce tout droit dans un vacarme hallucinant. L'aiguille du compte-tours a bondit trois fois, nous sommes déjà sur le rondpoint. Un petit talon-pointe, on rétrograde dans une pétarade invraissemblable, la vitesse se stabilise: ce n'est plus du tout la même voiture ! Gérard remet immédiatement les gaz, sur le rond-point: aussitôt nous exécutons une série travers très courts et très rapides, sous l'oeil hagard d'une Renault 9 attardée. J'ai l'impression que la Camaro secoue son arrière train pour mieux caler le mien dans le fond du baquet. Mais Gérard la remet en ligne et elle part comme un boulet, tout droit, comme sur des rails. On monte les quatre premiers rapports (il y en a six en tout), à chaque passage les énormes pneus (du 275) cirent sur le bitume. C'est le vrai "kick in the peints", comme au début des seventies. Derrière nous, les autres ont disparu dans la fumée noire, au-dessus de nous un Boeing au décollage essaie de nous tenir. Ca sent le chaud, c'est âcre, çà pique un peu les yeux, je suis aux anges. Devant nous, au loin, un camion va atteindre le prochain rond-point. Nous sommes déjà sur lui, à un peu plus du triple de la vitesse autorisée. Son haillon arrière grossit à vue d'oeil, il est énorme. Avec ma Camaro, à cette allure, j'aurais doublé, sur les serarn et çà serait passé. En espérant qu'il n'y ait personne sur le rond-point. Mais pas avec Gérard... "on essaie les freins" dit-il confiant. Et il freine le bougre... Pas un bruit, pas un crissement. Rien que la ceinture qui s'enfonce dans l'épaule, la banane qui se déroule tout droit en direction du pare-brise et les branches de lunettes qui vous arrachent les oreilles. Nous nous rangeons sagement derrière le camion. Rien à dire. Ou plutôt si, quel dégonflé, moi je serais passé. En fait, freiner, dans ce contexte là, çà ne me serait même pas venu à l'idée. Quand vous conduisez un tel engin, toutes les notions ou l'expérience que vous pouvez avoir concernant l'accélération, la tenue, ou le freinage sont à revoir ainsi que toutes vos facultés d'anticipation. |